mardi 19 octobre 2010

Récit de course championnat du monde d'Ironman, Hawaï

Ça y est, le jour J est arrivé. C’est en traversant la ligne d’arrivée ce soir que ma première « vraie » saison de triathlon sera terminée. Je me lève encore sans mon cadran à 4h du matin, sans trop avoir dormi ce qui est tout à fait normal… Il ne faut surtout pas compter sur la dernière nuit avant une compétition pour bien se reposer ! Première constatation en me levant : j’ai le nez congestionné et mal à la gorge. Je ne m’en fais pas avec ça, je ne le dis à personne pour ne pas stresser mes parents davantage (je vous dirais qu’ils étaient pas mal plus stressés que moi.. !). Je suis calme, prends mon déjeuner d’avant course habituelle, prépare mon « stock » pour partir et je relaxe en visualisant ma journée.
Nous partons alors pour la zone de transition vers 5h. Il fait légèrement plus frais qu’à l’habitude, mais ça se réchauffe très rapidement. Plus nous nous approchons de la zone de transition, plus nous sentons la fébrilité dans l’air. La petite musique de fond avec la voix de Mike Reilley rendent ces moments –à quelques reprises émouvantes, inoubliables.  Je vais me faire marquer, puis j’entre dans la zone de transition pour gonfler mes boyaux, mettre mes souliers de vélo sur mes pédales et vérifier qu’il ne me manque rien. J’en profite également pour visualiser mes transitions. Comme tout au long de la semaine, beaucoup de gens restent surpris lorsqu’ils s’aperçoivent que je fais la course. Ils pensent aussitôt que c’est moi le plus jeune car j’ai l’air d’avoir 16 ans, mais non heureusement que ce n’est pas moi, sinon j’aurais été obligé d’aller sur le stage lors du banquet d’avant course !  Je ressors de la transition pour voir mes parents une dernière fois avant le départ, on se serre fort et hop, me voilà en marche pour le départ qui se donne dans environ 10 minutes.

Natation
Départ pas mal plus stressant qu’à Louisville, puisque cette fois-ci c’est plus de 1700 athlètes qui partent en même temps avec le même objectif en tête : tenter le moins possible de se faire déranger en nageant de façon rigoureuse. Je suis à la ligne de départ 3 minutes avant le coup de canon. Je fais un peu de nage surplace, je me place en position de nage statique et « BOOM » le coup de canon nous perce les tympans. Je tente de nager sur l’eau même si c’est difficile, je ne me laisse pas faire, je bats des pieds plus fort qu’à l’habitude et je me fous un peu de ma technique pour les 5 premières minutes car je nage sur des personnes et non sur de l’eau. J’ai vraiment aimé les 15 premières minutes, il y avait beaucoup d’action ! Par la suite ça s’est calmé, sauf en arrivant aux bouées (environ à chaque 500 mètres) où ça se bousculait pas mal. Je reçois des coups de pieds par-ci par-là mais rien de trop grave. Je me sentais assez bien dans l’eau, j’espérais avoir fait un bon temps malgré le départ de masse.
En sortant de l’eau l’animateur me nomme (c’est mes parents qui me l’ont dit car je n’ai pas entendu) et je m’enligne vers mon sac de transition, la tente pour me changer, au petit coin et pour finalement prendre mon vélo. Me voilà en route vers Hawi à plus de 80km d’ici. J’espère qu’il n’y aura pas trop de vent !
Vélo :
Tout au long de la semaine lorsque je roulais sur le parcours j’avais un vent de dos à l’aller. Cette fois-ci, j’avais un vent de face. Je me dis que si je suis chanceux, je l’aurais de dos au retour, ce qui me permettrait de finir fort. Les 45 premiers km ont été caractérisés par un mal de ventre assez inconfortable, rendant mon plan alimentaire difficile à suivre. Malgré tout je garde un bon rythme, aux alentours de 35km/h de moyenne. Je me sens bien jusqu’à 10km du turn around, où ça ne fait que monter avec des vents de côtés soufflant entre 60 et 80km/h (il paraît que c’est le 3e plus venteux de l’histoire). Je n’avais jamais vu ça de ma vie, il fallait vraiment rester concentré, sinon nous tombions. J’oublie légèrement de bien me nourrir et m’hydrater, car il suffit juste d’un gros coup de vent pendant que je prends ma gourde ou une barre et hop, je suis par terre. Je me rends finalement au turn around, mais je me dis que le retour ne sera pas une partie de plaisir même, si c’est 10km plutôt descendants. Comme de fait, je n’arrive pas à prendre un bon rythme à cause du vent. Plusieurs personnes m’avaient dit que cette portion du parcours était venteuse. Je les croyais, mais sans trop apporter une grande importance. Je me disais que c’est juste du vent, que j’avais déjà roulé à maintes reprises sous des vents assez forts… Mais là, je ne m’attendais vraiment pas à des vents de cette vitesse ! Vers la fin je commençais à avoir hâte de sortir de cette portion de parcours car je ne m’amusais plus vraiment ! Finalement je sors sain et sauf (j’ai vu quelques personnes qui avaient chutées, avec des ambulances sur le côté) et je tente d’établir un bon rythme jusqu’à la fin (environ 60km)… Sans succès ! Je n’ai plus de bonnes sensations, peut-être que le fait d’avoir mangé un peu moins que prévu durant cette portion m’ait été fatal. Je mange alors en double, je prends du coke à chaque ravitaillement, mais il semble que ce soit trop tard, je peine à rouler à un rythme qui me plaît, en plus d’avoir un léger manque d’énergie. Ah oui j’ai oublié de mentionner, j’avais encore un vent de face ! Cela n’aidait pas vraiment à ma situation. C’est un classique à Hawaï, le vent change souvent de direction. La dernière partie du parcours a été très difficile mentalement et non physiquement. Je n’avais même pas mal aux fesses, ni au dos, ni au cou, ni aux jambes. J’avais juste de la difficulté à pousser sur mes pédales. Mes pulsations étaient basses (entre 128 et 135 BPM), j’avais hâte de terminer ! Enfin le dernier mille arrive et en arrivant à la zone de transition j’aperçois mon fan club qui m’acclame, ce qui me redonne de l’énergie. Merci ! Maintenant place à ma portion favorite, la course à pied !
Juste avant d’entrer dans la zone de transition j’ai reçu un coup de talon qui m’a fait boiter pendant un moment, mais aussitôt que je suis sorti de la transition, voyant tout le monde m’encourager, je n’y pensais plus et j’avais seulement le goût de sourire ! (photo)
Course à pied :
Oh que ça fait du bien courir, je commençais à avoir hâte à ce moment ! Je me sens très bien, je pense vraiment pouvoir courir aux alentours de 3h20-3h30, tel était mon objectif. Le début du parcours allait à  merveille, il y avait beaucoup de personnes sur les côtés qui nous encourageaient et qui nous prenaient en photo (d’où l’importance du sourire !). Les 12 premiers milles se sont fait comme dans du beurre. C’est peu après en sortant de la ville que le tout s’est gâté. En fait, c’est entre le km 25 et 30 que ma vitesse a dégringolée, mes jambes ne m’écoutaient plus du tout. La chaleur était intense (40 Celsius), mais je ne crois pas que c’est ce qui m’a ralenti le plus. J’avais drôlement hâte d’arriver au fameux Energy Lab où je fais mon turn around.
À ce moment-là il ne me restera que 12-15km. Avant d’arriver à ce tournant, j’ai l’impression que la route s’allonge. C’est loin ! Finalement j’aperçois au loin des personnes qui tournent à gauche pour se rendre au Energy lab, ce qui me donne un peu de motivation. Trop peu trop tard, mes jambes elles ne veulent plus rien savoir. Au demi-tour je me suis mis à accélérer légèrement, mais aussitôt rendu sur l’autoroute qui me mène à l’arrivée (à ce moment-là il reste environ 11-12km), mes jambes m’ont rappelé qu’elles en avaient assez. Ma tête voulait, mais mon corps ne m’écoutait plus. J’ai beau caler un verre de coke à chaque ravitaillement, mais rien ne pourra rétablir l’état de mes jambes. En arrivant entre le km 30 et 35, je me disais pour me motiver que c’est juste la distance d’un petit jogg facile quand je suis à Sherbrooke. Ça passe vite et c’est l’fun, mais là c’était une autre affaire. Je me concentrais davantage sur ma technique et je visionnais Ali’i drive (les 800m avant l’arrivée). Enfin, j’arrive dans la ville ! Les gens sont là pour me supporter, j’ai retrouvé mon sourire et je sens à peine mes douleurs aux membres inférieurs. Je me laisse transporter par les spectateurs jusqu’au finish, certainement le moment le plus intense du voyage. Mes parents me laissent un petit drapeau du Québec que je vais fièrement porter jusqu’à l’arrivée. Je marche les derniers mètres avant de traverser la ligne afin de savourer pleinement le moment présent. 

En marchant pour aller prendre mon sac d’après course et de la nourriture, je me disais que ma saison était terminée, que j’étais fier de ce que j’avais accompli tout au long de l’été même s’il y a eu des moments très difficiles. J’avais un objectif en tête auquel je croyais, alors rien au monde n’aurait pu m’empêcher d’y arriver.
Même si je suis légèrement déçu de mon temps, je me dis que j’étais là pour apprendre et pour prendre de l’expérience. Je ressors grandi de mon séjour à Hawaï et on se donne rendez vous dans 2 ans, lorsque j’aurai 24 ans pour tenter de faire un top 7 de ma catégorie !

Maintenant je prends un bon mois pour décrocher du triathlon, je veux faire ce que je veux et ce, n’importe quand. Je dois en profiter, ça n’arrive qu’une fois par année !
Je voudrais remercier tous ceux qui ont travaillé avec moi pour me permettre de réaliser ce rêve (Louis Garneau, Newton et CompresSport), mais une mention spéciale à mes parents qui ont toujours été là pour moi quand j’en avais besoin, qui me supportent à 200% dans ce que je fais et surtout, qui croient en moi ! MERCI



3 commentaires:

  1. Vraiment nice Tom, bravo! Faut faire de quoi bientôt!

    JM

    RépondreSupprimer
  2. Allo!
    Sincerement, je suis tombée sur ton blog par hasard, comme ca.. en fouinant sur internet, sur des sites de marathon, triathlon ...etc.
    j'ai lu ton blog en entier ; c'est tout simplement passionnant!
    j'ai fait le demi-marathon des Deux rives l'été dernier, j'ai adoré mon expérience, bien que déçue du résultat de ma course... mais ça m'a motivée à redoubler d'ardeur et d'efforts lors de mes entrainements! Je m'entraine actuellement pour faire le marathon cet été. Entre l'université, le travail, les études et tout, j'essaie tant bien que mal de me scéduler 5 entrainements par semaine.. alors je n'ai aucune idée comment tu fais pour arriver à t'entrainer autant et si fort, toi aussi, à travers tes études! Je t'admire réellement pour ca!
    J'ai eu la chance d'assister à une conférence de Pierre Lavoie, le triathlète québécois. Ton parcours me fait drôlement penser au tien!
    En fait, je ne sais pas trop pourquoi je t'écris tout ça en ce moment. J'ai simplement eu vraiment beaucoup de plaisir (et même quelques larmes) à te lire et à ressentir à travers tes mots, ce que tu pouvais ressentir au moment de tes expériences.
    Tu es vraiment un athlète inspirant! Je continuerai de te lire assurément!
    Bon succès pour la suite!! Tu as vraiment le mental qu'il faut pour te atteindre tous tes objectifs! Continues!! :)

    Érika Giroux

    RépondreSupprimer
  3. Good job tommy !!!

    J'ai la chair de poule en lisant ca. Je vais vivre ca a louisville en aout prochain.

    Tres bo blog, jai hate de voir le site.

    Félicitation encore pour

    RépondreSupprimer